Arcade Fire, le bilinguisme, Montréal, et la fierté de notre héritage bordélique

« Hipster malgré nous », « culture grinçante/vibrante et attitude anti-cliquant en général »… Marie-Claude Lortie de La Presse, dans son court billet de ce matin inspiré par la victoire d’Arcade Fire aux Grammy Awards, résume au mieux ce qu’est l’esprit de Montréal, et ce qui  en fait le charme et le succès (pratiquement malgré nous).

Arcade Fire: "Canada's most intriguing rock band" a maintenant remporté le titre d'album de l'année aux Grammys

Je vais juste me permettre d’ajouter mon grain de sel, en faisant quelques liens avec ce que d’autres soulignent par rapport au même événement. D’abord ce mot envoyé par Mc Gilles sur Twitter, tard hier soir : « Rappel important: l’Adisq avait préféré Bobby Bazini à Arcade Fire. Sans commentaire… #AlloCrédibilité #Grammys #DormirLàDessus« .  Puis, ce qu’en disaient ce matin Paul Arcand et, plus tard, son chroniqueur culturel Sylvain Ménard à l’émission Puisqu’il faut se lever » au 98,5fm. Je n’ai malheureusement pas retrouvé en ligne les extraits en question* mais, en gros, on y déplorait une fois de plus le fait que l’ADISQ n’arrive toujours pas à inclure les artistes anglophones d’ici, et à souligner leur travail. On parle aujourd’hui de Arcade Fire, mais on pourrait aussi mentionner un Sam Roberts, un Ian Kelly…. pour ne nommer que ceux-là. Et tout ceci pour faire un peu suite à ce que j’écrivais il y a une dizaine de jours, après  la sortie du film Funkytown,  notamment sur le débat soulevé par le bilinguisme du film… et celui de Montréal.

Alors donc, deux petits points:

1- Ça se confirme: plus que le fait d’être « multiculturelle », Montréal a l’immense avantage de plonger ses racines dans deux grandes cultures, – française et anglo-saxonne – le tout avec une sensibilité profondément nord-américaine. C’est notre ADN, c’est notre identité. Et c’est un atout. Même si certaines de nos institutions – et une certaine intelligentsia – semblent ne pas trop savoir quoi faire avec ça.

2- Tout cela a un caractère spontané, éclaté, frondeur et insaisissable, qui, lui aussi, fait profondément partie de notre ADN et de notre identité. Déjà, dans Hour, le chroniqueur Richard Burnett, en parlant de l’époque du disco évoquée par Funkytown, soulignait avec éloquence l’éternelle effervescence de Montréal, et sa profonde tradition comme « ville de party/sin city » internationalement reconnue. Avant l’époque du disco, il y a eu celle des clubs de jazz qui accueillaient des stars internationales, qui était aussi celle des strip-teaseuses célèbres comme Lily St-Cyr… Et maintenant, c’est Montréal comme point de chute de la musique « indie ». Et des bands qui arrivent à s’imposer hors des façons de faire traditionnelles des grandes industries. Entre autres… Et tout ceci, parfaitement en phase avec les nouvelles façons de faire qui émergent, favorisées entre autres par les réseaux sociaux.  Alors, vive Montréal ! Et vive tous les Arcade Fire, passés, présents et futurs…

* MAJ

L’extrait sonore n’est pas disponible en ligne, mais Paul Arcand m’a fait parvenir, via Twitter, ce qu’il disait: « L’ADISQ se comporte comme une secte avec sa fête paroissiale qui nie la réalité montréalaise. C’est petit et poussiéreux. »

MAJ 2 15-02-2011

Le « cool bilingual Montreal » affiché par Arcade Fire à la face du continent réjouit aussi du côté anglo, comme en témoigne ce billet du chroniqueur de The Gazette, Brendan Kelly, qui écrit entre autres: « What’s interesting here is how Arcade Fire are poster boys and girls for this hip Montreal – but are also a product of the city’s cool, multi-cultural, multi-lingual arts scene. » Et aussi: « Arcade Fire are repping this new 21st-century Montreal – maybe the first big sign that the times they are a changed in ways that the media and political establishment simply don’t understand (or want to understand). » Et toc.

  1. ça va vous plaire : http://whoisarcadefire.tumblr.com/
    Florilège parfait de réactions.

  2. Ouf, Nathalie Petrowski et Richard Martineau vont faire une syncope ;-)

    Merci pour nous rappeler comment il fait bon vivre à Montréal quand on respecte ses différences!

    Tant et aussi longtemps qu’il y aura deux prestigieuses universités anglophones de calibre international au centre-ville de Montreal, notre ville sera bilingue.

  3. J’ai fait deux topo à propos de l’ADISQ et le star système québécois qui oublie nos artistes anglophone.

    On préfère nous gaver d’artiste mièvre et sans saveur francophone que de reconnaitre le fait anglophone au Québec.

    http://www.tvqc.com/2010/12/adisq-ou-lautoritarisme-culturel-made-in-quebec/

    http://www.tvqc.com/2009/11/ladisq-la-celebration-de-la-mediocrite-a-son-meilleur/

  4. Bravo au commentaire de Paul Arcand. Montréal est une ville cosmopolite et internationale. Arcade Fire en est le plus bel exemple et il y a de quoi être fier. Désoler pour les dinosaures qui brandissent encore leurs pancartes où seuls les souverainistes blanc, Québécois et pure laine ont le droit de vivre ici.

    L’ADISQ est justement un ramassis de ces dinos aux allures pathétiques et condescendantes.

    Yves Choquette, photojournaliste

  5. Si une certaine intelligentsia ne semblent ne pas trop savoir quoi faire avec ça, après tout, elle n’est peut-être pas si intelligente que ça. Ce métissage est ce qui fait le succès de Montréal à travers le monde. C’est notre culture. Il ne faut pas confondre ça avec la politique et les chicanes de langues. Allons de l’avant et arrêtons le niaisage contre-productif car on a tout à y gagner. Le monde est là. À nous de le conquérir! Wake up dudes!

  6. Marie-Claude Ducas

    @tous: merci de vos réactions ! @ Marion I. : merci pour ce florilège ! Il en est aussi question ici: http://www.arnaudgranata.com/?p=1523

  7. 2 commentaires:
    1. Win Butler, après 10 ans à Montréal, ne sait toujours pas parler français (plus qu’un « merci »). Si c’est un exemple d’intégration et de métissage, c’est un échec total. C’est même un bon exemple parfait d’étudiant de McGill/Concordia qui ne s’intègre pas à la société québécoise.
    2. L’ADISQ a de bien plus gros problèmes que d’intégrer les artistes anglophones. Elle exclut un grand nombre d’artistes francophones de la relève et pénalise ceux qui ne sont pas connectés directement à la masse. Pensons au fiasco de Mes Aïeux qui ravit le Félix de groupe de l’année même s’ils n’ont rien fait de l’année! Pourtant il y avait Karkwa en nomination.

    Ça n’enlève rien à la qualité de leur musique (moi j’aimais bien leur premier, pas the Suburbs par contre). Mais je n’irais pas jusqu’à faire d’Arcade Fire l’exemple à suivre pour les artistes québécois.

    • Marie-Claude Ducas

      @François Morin: Oh, que vous touchez là à quelque chose. Sur le point 1: Je ne peux pas me prononcer sur le niveau en français de Win Butler…. Mais en tant qu’ex-étudiante de Concordia, je dois bien admettre qu’il y avait, chez bien de mes confrères, ce genre d’ignorance déconcertante que vous évoquez, face au français et à tout ce qui s’y rattache. Les choses n’ont probablement pas tellement changé. Pas encore. Ce devra sûrement être une prochaine étape dans l’avancement de notre beau « Montréal bilingue ».
      Mais n’oublions quand même pas que bien des anglophones célèbrent aussi le bilinguisme de Montréal. Et certains le font depuis pas mal plus longtemps que nous. Je me réserve d’ailleurs le plaisir de parler un jour de Josh Freed, de ses chroniques, ses livres et ses films. D’ici là, voyez ce que le chroniqueur de The Gazette, Brendan Kelly, a écrit à propos d’Arcade Fire sur son blogue:
      http://communities.canada.com/montrealgazette/blogs/showbiz/archive/2011/02/15/arcade-fire-happy-to-play-up-bilingual-bicultural-montreal.aspx

      Pour le point 2… l’ADISQ et ses méandres font moins partie de mon champ d’expertise. Mais c’est vrai qu’ils se font critiquer pour pas mal d’autres choses aussi.

  8. @Yves Choquette Ah oui, ce bon vieux Paul Arcand, grand défenseur du Indie-Rock Montréalais et son sympathique chroniqueur culturel qui dit avoir adoré Barney’s Version (probablement en français) parce qu’il n’a pas lu le livre – contrairement aux autres critiques de films!!! On peut critiquer l’Adisq, certes, mais faudrait pas oublier les stations de radio qui préfèrent Lady Gaga, Pitbull, et tous les autres au talent local anglophone, ou francophone si je peux me permettre! C’est quand la dernière fois que vous avez entendu une toune d’Alexandre Désilets par exemple?

  9. @Pierre Girard et François Morin, félicitation, vous avez bien mémorisé votre petit Cathéchisme selon Pierre Curzi.

    Roberto (Anglo-Ontarien diplômé de Concordia ET McGill…)

  10. @Roperto Vitae – je pense que j’ai manqué une partie du débat car je ne comprends pas ton commentaire.
    Pierre – un Franco-Québécois de Montréal qui travaille dans la fonction publique fédérale, dans la région d’Ottawa, souvant en anglais.

  11. *Roberto et non pas Roperto – désolé

  12. Frédéric Lacroix-Couture

    J’aimerais que vous définissiez, Mme Ducas, une ville bilingue. Parce que pour moi, la métropole québécoise n’a rien d’une ville bilingue. C’est plutôt flou comme concept. Ce n’est pas parce qu’une majorité de sa population parle anglais et français que Montréal est une ville bilingue. Pour cela, il faudrait que toute l’affichage extérieure commerciale, municipale et routière soit dans les deux langues. Que la voix qui annonce les stations durant les différents trajets de métro soit aussi dans les deux langues. Ce sont quelques exemples qui illustrent, à mon avis, ce que serait un Montréal bilingue, entre autres.

    Je crois qu’il y a plutôt une dualité linguistique sur l’île. Il y a deux communautés linguistiques qui vivent côte-à-côte, mais qui ne se mêlent pas nécessairement. En fait, je ne pense pas que la plupart des Montréalais puissent affirmer qu’ils consomment de façon équitable (50-50) les cultures anglophone et francophone. Une prédomine plus que l’autre chez chaque individu. Travaillant d’ailleurs avec quelques anglohpnes, je serais très curieux de savoir s’ils embrassent la culture québécoise ou à quel niveau. Même chose pour les membres d’Arcade Fire.

    Ce qui distinct principalement Montréal de toutes les autres grandes villes nord-américaines, c’est son caractère français. C’est pour cette raison que la primauté du français doit être réaffirmée surtout à l’heure où on note un fort recul de la langue de Molière.

  13. Allez sur les site web des JUNO Awards juste pour le plaisir… pour le plaisir de constater qu’il n’y a pas un seul mot de français !!!

    C’est drôle, mais à Toronto, on dirait que ce n’est pas dans leur ADN d’être aussi colonisé comme les moutons Québécois à la sauce Ducas/Lortie peuvent l’être…

    En passant, en Ontario, il y presque autant de francos qu’il y a d’anglos au Québec, c’est drôle hein, mais en Ontario, aucune trace de bilinguisme, c’est speak white partout et en tout temps…

    Mais là, c’est rendu qu’il faudrait être fier qu’un gars du Texas chante en anglais à la Saint-Jean parce que c’est tellement « anti-cliquant en général » et « hispter malgré nous » et que sinon, monocle Paul Arcand sera pas content !!

    Tu parles d’un peuple de caves…

  14. « Le « cool bilingual Montreal » affiché par Arcade Fire à la face du continent réjouit aussi du côté anglo…»

    À part Régine Chassagne, aucun membre de Arcade Fire ne parle français. Donc, officiellement, elle est la seule membre « bilingue » du groupe… Un groupe de 7 personnes. Alors pour le « cool bilingual Montreal » du téteux de service de The Gazette, on repassera… Et toc.

  15. Vous avez dans les commentaires de Benjamin la raison pour laquelle l’Adisq ou la Fête Nationale ne fera ne rendra jamais hommage à de grands noms qui ont le handicap de chanter en Anglais. On trouvera toujours un paquet de nationaleux pisse-vinaigre pour boucher l’horizon. Je trouve que c’est une honte que l’Adisq n’ait jamais souligné la carrière de gens exceptionnels comme Leonard Cohen. Mais comme les Junos sont bigots, soyons le plus qu’eux…

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