Quelle place feront les médias à Haïti dans un mois?

Photo prise à Cité-Soleil, par Jean-François Leblanc, de l'agence Stock. Janvier 2010 ? Non ! Septembre 2003...

Photo prise à Cité-Soleil, par Jean-François Leblanc, de l'agence Stock. Janvier 2010 ? Non ! Septembre 2003...

Comme pour bien d’autres au Québec dans la même tranche d’âge que moi, Haïti est un des pays étrangers dont j’ai le plus entendu parler, le plus tôt dans ma vie. J’ai débuté l’école primaire à l’époque où « acheter des petits Chinois » était déjà de l’histoire ancienne. Et c’est un peu plus tard que le Biafra est apparu sur notre écran radar de la misère ou de l’horreur. Viendraient ensuite l’Éthiopie, puis la Somalie.  Et plus tard dans un autre registre, le Vietnam et ses « boat people« ,  le Rwanda, l’Irak, le Darfour, l’Afghanistan… Dans à peu près n’importe quel pays du G8, on peut savoir à, peu de choses près, l’âge d’une personne, en lui demandant si les exhortations maternelles à « finir son assiette » étaient faites en invoquant le sort des « petits Chinois », ou encore des « petits Biafrais » ou des « petits Éthiopiens »….

Mais ici, à, à travers tout cela , il y aussi toujours eu Haïti, tellement proche, avec qui nous partageons une langue et une religion, et où oeuvraient bon nombre de nos missionnaires. C’est d’ailleurs dans les cours de catéchèse (oh, que je continue de trahir mon âge…) Je ne me souviens plus trop des détails, mais j’ai des vagues  images de petits fascicules, avec les photos et des dessins de paysages, où l’on voyait des palmiers, des villages, des « cayes »… Puis, au secondaire, il s’est trouvé que Haïti a été une des « causes » embrassées par ma polyvalente – oui, l’église et « les soeurs » du coin avaient quelque chose à y voir- , avec diverses activités organisées au fil des ans pour amasser des fonds, afin d’aider à construire et à opérer une école là-bas. Mais autrement, dans les médias d’ici comme ceux d’ailleurs, la situation d’Haïti  n’a jamais tellement fait l’objet d’un traitement spécial dans les médias. On s’y intéressait dans les périodes de phénomènes ou d’événement frappants – les tontons macoutes, les coups d’état et la violence, la fuite de Duvalier -, pour ensuite passer à autre chose.

En même temps, tout cela n’est pas tout à fait vrai.

Ce qui ramenait parfois Haïti à l’avant-plan, c’est son immense rayonnement culturel international. Un rayonnement disproportionné, si j’ose dire, par rapport à la taille, et surtout la faible richesse économique de ce pays.  Et, je dois le confesser ici, je n’ai que très peu lu Dany Laferrière, pour toutes sortes de raisons, et pour aucune en particulier. Mais, il y a environ deux ans, à la lecture de son recueil de nouvelles Vers le sud (2006), j’avais été frappée par la richesse que peut comporter Haïti, au-delà des habituels clichés sur la violence et la pauvreté. Et puis, exactement au même moment, j’avais entendu à la radio, en entrevue, Jean-François Leblanc, de l’Agence Stock Photo, qui parlait justement du vernissage de son exposition de photos portant sur Haïti, et qui racontait lui-même avoir été frappé par de tels contrastes.

Certains trouveront peut-être cela saugrenu, mais ce qui m’est passé par la tête, c’est un parallèle avec l’Irlande, qui a été pendant très longtemps le pays le plus pauvre d’Europe, et a connu son lot de calamités. Un pays déserté par un nombre incroyable de ses habitants, et qui a, lui aussi, exporté et répandu sa culture à l’échelle de la planète. Et un pays qui, à plein d’égard et pour plein de raisons, a une proximité avec le Québec.

Gotlib sur le "drame biaffrogalistanais": la banalisation médiatique ne date pas d'hier

Gotlib sur le "drame biaffrogalistanais": la banalisation médiatique ne date pas d'hier

Pour en revenir au traitement médiatique, je ne peux quand même pas m’empêcher de me poser la question: quelle sera la prochaine manchette internationale, et, pour commencer, la première manchette tout court,  à détrôner Haïti ? Et pour ceux qui seraient portés à déplorer, pour cet état de choses, une récente escalade de la part des médias en cette ère d’information continue, je me contenterai de déterrer cet épisode des « Rubrique-à-Brac » où, il y a un bon 40 ans (!), le génial Gotlib faisait une satire féroce du traitement médiatique autour du « drame du Biaffrogalistan« .  Pour en avoir une idée, allez voir ce très pertinent billet, retrouvé sur un blogue consacré à la bande dessinée, qui montre l’essentiel de la bande en question. (Question aux Rubrique-à-Brac-ophiles: quelqu’un sait-il dans lequel des albums se trouve cet épisode? Et de quelle année il date ?)

Les choses seront-elles différente cette fois-ci ? Les médias sociaux y changeront-ils quelque chose? Pour ce que ça vaut,  je vais tenter de faire périodiquement, sur ce blogue, une sorte de « veille médiatique » informelle de la couverture sur Haïti. N’hésitez pas, dans les semaines à venir, à me faire part de vos observations… et de vos rappels au besoin.

  1. Jean-François Beaulieu

    Que de souvenirs tu me rappelles ! Du financement pour une école à Haïti…
    Mais, comme tu le fais si bien remarquer, on ne peut utiliser cet indice pour rapprocher nos âges, car il s’est fait beaucoup de travail de solidarité Québec-Haïti à plusieurs époques, malheureusement…
    Pourquoi malheureusement ? On pourrait trouver heureux que nous supportions activement Haïti depuis plus de quarante ans. Quel bel exemple de persévérance et de fiabilité ! Ouais… mais ça veux aussi dire que la situation n’a guère évolué depuis quarante ans… Loin de moi l’idée de proposer des solutions là, maintenant (je ne suis ni économiste, ni ethnologue, juste un « chtin » :-)), mais je me pose la question : ou diable est-il, le problème ? Alors que ses voisins (Cuba, la République, les Antilles Françaises) se développent plutôt correctement (avec leurs problèmes, je le reconnais volontiers), Haïti stagne encore et encore :-( …
    Envoyer des sous et des soins : OUI ! Aider à rebâtir : re-OUI ! Mais après ? Il me semble que dans une communauté (humaine, mais aussi chrétienne et française dans ce cas-ci), ceux qui ont le mieux réussi aident les autres à mieux s’organiser…
    Je sais, je ne propose rien. Je me dis seulement : conservons un peu de notre souffle (après tous les chants d’hier… :-) ) pour l’après-reconstruction, qui devra être bien plus une « nouvelle construction », si l’on veut tenter de régler (ou du moins d’atténuer), avec nos frères Haïtiens, les effets de leurs éternels problèmes…

  2. La rubrique a brac ‘Désamorçage’ est publiée dans le RAB 4 (visage de Gotlig qui parodiant Orange Mécanique) en 1973. Par contre, je n’ai pas la date de parution des planches dans le journal Pilote, mais c’est après août 1971, date du fameux Concert For Bangla-Desh.

    En 1970, un cyclone frappe le Bangladesh, faisant de 300,000 (officiel) à 500,000 (officieux) morts. La même année, le climat politique et la famine feront un million de morts au Biafra.

    D’ou l’origine du pays fictif de Gotlib, le Biafrogalistan Desh.

    Gotlib dénonce (déjà) l’attitude des médias face à une nouvelle et comment une catastrophe est vite oubliée, aussitôt qu’un nouvel évènement frappe le fil de presse.

    Bon je sais, on ne demandait pas autant de détails, mais c’est plus fort que moi.

  3. Une chanson d’espoir pour les jeunes d’Haiti a partager
    http://www.youtube.com/watch?v=B21SFVbtZbs

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