Montréal: l’insaisissable créativité

Comment faire pour ne pas frôler l’overdose avec les mots « créatif » et « créativité » comme cela est en train d’arriver avec des termes comme « société civile », « citoyen » (employé comme adjectif) ou « festif » ? Ce serait dommage que cela se produise : parce que oui, c’est sûr, on a encore besoin d’en parler, de cette fameuse créativité montréalaise.

Le quartier Mile-End, épicentre de l’effervescence musicale montréalaise, selon le documentaire «From Montréal»: quels ingrédients favorisent la mystérieuse chimie d’une ville « créative »?

C’est ce que je me disais après avoir assisté au panel organisé la semaine dernière par la Conférence régionale des élus (CRÉ) et le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) :  Jean-François Bouchard, président de l’agence Sid Lee, Éric Fournier, associé et producteur exécutif de Moment Factory, et Jean-Sébastien Cournoyer, cofondateur et associé de Montreal Start Up et de Real Ventures, y débattaient de la question : « Montréal, ville créative : quelles stratégies pour renforcer son attractivité ?».

Par coïncidence, on diffusait à Télé-Québec hier (29 octobre) le documentaire From Montréal, qui porte sur l’effervescence de la scène musicale montréalaise. Et où bien des aspects recoupent, justement, le contenu du panel d’il y a quelques jours. S’il y a des gens qui sont chez eux dans la journée, le documentaire est re-diffusé ce mercredi d’Halloween, 31 octobre, à 13 h 30. Je ne sais pas s’il sera accessible autrement par la suite mais je me renseignerai. Et je reviendrai plus en profondeur sur ce documentaire.

Pour en savoir plus sur le débat au CORIM la semaine dernière, vous pouvez déjà lire ce compte-rendu de Stéphane Rolland dans Les Affaires,  de même que cet article de Nathalie Collard dans La Presse. Et en fait, comme l’a fait remarquer un des membres de l’assistance lors de la période des questions, ce qui s’est dit là recoupait exactement ce qu’ont dit plusieurs autres ces dernières années, dont le président de Juste pour Rire Gilbert Rozon en 2009 et, aussi au CORIM, Jean-François Bouchard il y a environ un an.

Chaque fois qu’on essaie de décortiquer ce qui rend Montréal unique et contribue à la rendre «créative»,  deux points principaux émergent :

– La présence de quatre universités, ce qui est quand même remarquable pour une ville de relativement petite taille.

-Le bilinguisme, et la présence de deux grandes cultures qui cohabitent (c’est aussi un point qui ressort de façon importante dans « From Montréal ».

Quelques citations là-dessus, tirées de la conférence de la semaine dernière.

Jean-François Bouchard : « Montréal est terreau irremplaçable. À cause de la diversité et la quantité de talents; les universités; les coûts d’opérations réduits. (…) La guerre se joue sur ces aspects concrets et réels… »

Éric Fournier : « Je repense à un aspect que le musicien David Byrne souligne dans son livre How music works : fondamentalement, la création est dictée par l’environnement dans lequel l’individu doit créer. Il trace un parallèle avec l’oiseau qui adapte son chant selon l’environnement… » Et aussi : « Il y a plus de 200 villes dans le monde qui se définissent comme créatives. Il faut voir ce qui distingue vraiment Montréal. Et la première chose, ce sont les universités. Elle attirent des étrangers, et des jeunes de partout. C’est le plus grand terreau de créativité qu’on peut avoir. On a des gens qui viennent étudier ici, découvrent une vie qu’ils aiment, et ont envie de rester. Et j’ai une hypothèse quand à la deuxième chose : c’est d’avoir des industries qui se parlent entre elles. Par exemple, un milieu comme l’aéronautique qui se retrouve à parler au monde du spectacle. Pour un spectacle du groupe Nine inch nails sur lequel Moment Factory travaillait, on avait un défi  lié à la reconnaissance de mouvement. On a trouvé les techniques que l’on cherchait à travers un contact dans le domaine de la défense…»

Jean-Sébastien Cournoyer : «Il y a un mouvement mondial pour changer la façon dont les projets sont financés. Le coût pour passer de l’idée à un produit est beaucoup plus bas qu’avant. Ça cémocratise la création. Il y a toutes sortes de réseaux qui n’existaient pas avant, comme par exeple des « angels lists » aux Etats-Unis, qui permettent de  «by-passer» le capital de risque traditionnel. Ou même le «crowdfounding», qui est l’étape ultime ;  on fait appel à des gens qui décident d’investir directement, peut-être pas de grosses sommes, mais en grand nombre».

Jean-François Bouchard en a par ailleurs profité pour donner un aperçu de la seconde édition de l’événement C2-MTL, qui se déroulera à Montréal à la fin mai, et initié par Sid Lee avec  l’ambition avouée d’en faire un « Davos de la créativité ». «Il faut des événements comme ça, pour doter Montréal d’un outil de réputation collectif », soulignait Jean-François Bouchard. On pourrait par ailleurs souligner tout un ensemble d’événements qui, avec C2-MTL, commencent à faire de Montréal un pôle drôlement intéressant sur le plan des événements.

Jean-François Bouchard le disait: la guerre se joue sur des aspects concrets, et bien réels. Dont, bien sûr, la situation économique, et, à certains égards, l’implication des gouvernements. Mais qu’est-ce qui fait, en définitive, la personnalité et l’«aura» d’une ville ? Qu’est-ce qui fait qu’un endroit est créatif, et le demeure? Et comment favoriser tout ça sans le bousiller, et sans non plus tomber dans les formules banales, les clichés et l’enflure verbale?

  1. Bonjour Marie-Claude,
    Je suis contente que tu parles de mon documentaire ‘From Montréal’ (je suis la réalisatrice de ce film). Je te serais reconnaissante de corriger le titre, c’est ‘From Montréal’ et non ‘Made in Montréal’. ;) Merci.

    Sinon, le documentaire est aussi disponible sur le web, ici: http://video.telequebec.tv/video/12777/from-montreal

    Pour ce qui est des raisons de la créativité, elles sont multiples, mais il ne faut pas oublier le facteur le plus important: le coût de la vie! Montréal est une ville abordable, avec des logements accessibles. C’est bel et bien là la clef pour attirer des gens qui auront le temps de créer, et qui ne seront pas seulement obsédés par le travail et la survie! Nos artistes se plaignent parfois de vivre dans des conditions difficiles, mais ils arrivent tout de même à vivre avec un emploi rémunéré à temps partiel, et faire de la création pure (non-rémunérée) en même temps. C’est ce qui ressort du documentaire, et des nombreuses rencontres avec des musiciens attirés par Montréal.

    • Marie-Claude Ducas

      J’avais déjà fait la correction. Merci beaucoup! Et merci aussi du commentaire, et surtout du lien pour visionner le documentaire sur le web…

  2. Excellent article. Merci pour les références et les citations.

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