École privée, école publique

Déjà qu’on était en pleine période des tests d’admission pour les écoles privées: bien des élèves s’apprêtent  à “passer les tests”, ou viennent de le faire, et commencent à attendre impatiemment les résultats. Avec les déclarations de la ministre de l’Éducation Marie Malavoy et le débat que cela a déclenché sur le financement des écoles privées, le sujet est plus que jamais dans l’air. Il en était question ce mardi à l’émission d’Isabelle Maréchal au 98,5 FM. Entre autres.

Quelle école conviendra le mieux à notre enfant? Sera-t-il bien encadré, bien stimulé? Le privé est-il automatiquement l’option idéale? Fréquente-t-on le public faute de mieux seulement?

( Source image: http://www.nadeaubellavance.com/le-blogue/?cat=30 )

Pour ma part, c’est l’an dernier que je m’étais coletaillée avec ces questions, alors que mon garçon finissait son primaire. Et même, en fait, dès l’année d’avant: nous avions déjà fait des ”portes ouvertes” alors qu’il était en 5e année. Question de commencer à se faire une idée… Nous avons visité quelques écoles privées, pas trop loin d’où nous demeurons, de même que l’école internationale. Et, aussi, l’école publique du secteur. Et sur ce dernier point, parmi les gens que je côtoie en général, j’étais l’exception: personne d’autre n’était allé visiter l’école publique. Dès qu’on a un peu les moyens, un certain niveau d’éducation et des enfants qui réussissent le moindrement en classe, on vise automatiquement le privé. Ou sinon, à tout le moins, on considère une “école internationale”. Publique, mais néanmoins contigentée..

Bref résumé des visites. Je ne m’attarderai pas sur les écoles privées. C’est beau, c’est bon, il y a plein d’activités et de programmes intéressants. Reste à voir si on a ou non un penchant pour le système français, si on aime beaucoup entendre parler d' »excellence », ou si on préfère voir mettre l’accent sur la « diversité de l’éducation », si on aime plus les sports ou la musique… L’école internationale maintenant: à celle que nous avons visitée, mon garçon et moi, le propos mis de l’avant par la direction ne nous a pas impressionnés beaucoup; essentiellement: “Ah, c’est compliqué entrer chez nous, nos tests sont rigoureux, on n’admet vraiment pas n’importe qui.” Ni d’ailleurs celui des élèves qui nous faisaient visiter: “Ah, les profs sont sévères, on ne tolère pas les retard, et si tes notes descendent en bas de tant, tu risques de te retrouver à la porte…” Je veux bien qu’on soit exigeant, et même sévère. Mais où sont la motivation, la stimulation, la fierté? L’école “totalement” publique (une assez grosse école, fortement multiethnique), nous a par contre favorablement impressionnés: on sentait une volonté de mettre de l’avant  les avantages de l’école – dont des progammes pour les élèves doués, un fort accent, pour tout le monde, sur l’enseignement de la musique, et des activités scolaires varies et intéressantes. Et, suite à un incident malheureux qui s’était passé à proximité de l’école quelques mois avant, on sentait aussi une préoccupation d’en rétablir la réputation. Mais peu importe, au final. Puisque, pour l’essentiel, nous avions le même penchant que tout le monde que nous connaissons: la ‘vraie’ option, c’était quand même le privé. Malgré deux ou trois questions venant constamment tourmenter mon vieux fond social-démocrate: à quoi rime un système public (en santé, en éducation, etc.), à quoi rime une société, si on n’est pas prêt à s’investir davantage dedans? Et si tous les “bons” et les plus aisés vont au privé, comment espérer que les établissements publics s’améliorent?

Je garde pour un prochain billet la suite, et le type d’école que mon garçon a fini par fréquenter. Mais pour l’instant, voilà certains aspects qui me frappent dans toutes ces histoires de privé/public. Et dont, il me semble, on parle peu.

Le mirage du privé. Je sais que le mot “mirage” va faire sauter au plafond bien des parents qui envoient leurs enfants au privé. Ce n’est pas mon but, et je ne suis pas vraiment satisfaite du mot “mirage”. Mais je n’en ai pas trouvé d’autre. Et puis, oui, il y a quand même une part de mirage. Qui n’est pas grave dans certains cas, mais plus néfaste dans d’autres. Lors de conversations que j’avais avec des parents que je rencontrais, dans les périodes de portes ouvertes ou d’examens,  je ne manquais jamais de demander: “Dites-moi, quelle est l’école publique de votre secteur? L’avez-vous considérée?” Je jetais inévitablement un froid. Parfois, on aurait  cru que je venais de demander: “Avez-vous songé à envoyer votre enfant “dealer” du crack ?”. Je n’exagère même pas. (Bon OK, un petit peu). Quand même: aux yeux de bien des gens, pour s’assurer que son enfant recevra le mimium d’attention et d’encadrement qui lui permettront d’avancer, il n’y a que l’école privée. Alors que “école publique” est automatiquement synonyme d’incompétence et de “free-for-all”.

Les coûts, en argent et autrement. L’école privée, c’est beaucoup d’argent: 5000$ par enfant, au bas mot. Y en a-t-il pour faire le calcul de ce qu’ils feraient autrement avec cet argent? Les “voyages parascolaires” faits en Europe par les écoles privées semblent toujours beaucoup impressionner. Mais je ne peux m’empêcher de penser que, pour le prix des frais de scolarité, il y aurait moyen pour bien des familles de se payer – en famille – de forts beaux voyages, tout aussi éducatifs… Et d’autre part, comment la pression financière engendrée par le besoin de “payer l’école privée” se répercute-t-elle dans la famille? Qu’arriverait-il si on transférait ce temps, cet énergie, cette disponibilité mentale, à soutenir son enfant, et à l’aider à tirer le meilleur parti de l’enseignement qu’il reçoit à l’école, peu importe laquelle? Et il n’y a pas que l’argent: on voit bien des enfants fréquenter une école – privée – assez loin de chez eux. Ce qui veut dire du voyagement supplémentaire; y compris pour le parent s’il va reconduire son enfant, sinon, pour ce dernier, en transport en commun. Ce temps ne serait-il pas mieux investi en étude, en aide aux devoirs, en sports et autres activités, en étant advantage à proximité? Même si c’est à l’abominable école publique?

Dissonance cognitive, renforcement positif et réassurance. Ce sont des notions bien connues en marketing: quand on a choisi et acheté un produit, surtout si c’est un investissement important comme une voiture par exemple, on cherche inconsciemment à se rassurer sur le fait qu’on a fait le bon choix. Et, quand on paie des milliers de dollars pour envoyer son enfant à l’école, on a plus de chances de se forcer pour trouver ça bon, que si c’est gratuit. C’est normal, et c’est humain. Et les médias ne font que renforcer ce travers: on va voir régulièrement  des reportages sur “la super-école privée”, les projets incroyables que les élèves y font, les programmes spéciaux, etc. (Et puis, évidemment, il y a ce fameux « Palmarès des écoles »). Mais on va bien peu voir tout ce qui peut se faire, de parfois impressionnant, dans les écoles publiques. Et, quand cela arrive, c’est en général en faisant bien ressortir que c’est l’exception, et non la règle. Et pourtant…

Mais la suite sera pour un prochain billet. D’ici là, n’hésitez surtout si ce que j’ai écrit vous inspire déjà des commentaires.

  1. Il y a trois décennies, j’ai passé trois ans sur les bancs d’une école privée de bonne réputation, puis deux ans dans une grosse polyvalente.

    À part la cravate obligatoire, la grosse différence avec l’école privée est qu’on pouvait y acheter de la drogue quasi-ouvertement. Un élève a même fumé un joint face à son prof titulaire, et la seule sanction a été une réprimande verbale devant toute la classe… ce qui l’a fait instantanément passé pour un gars cool. Je me rappelle aussi une dissertation orale sur une visite au musée pendant les heures de classe. Le pusher était nommé par son nom. Il n’a jamais été embêté. Comprenez, il ne fallait pas que ça se sache qu’il y avait de la drogue au collège! J’y ai appris ce qu’est l’hypocrisie.

    À la polyvalente aussi il y avait de la drogue. En septembre du moins. En octobre, tous ceux qui vendaient avait déjà été renvoyés. Le processus était simple. Tu es pris avec un joint? Tu t’assois dans le bureau du directeur jusqu’à temps que tes parents viennent te chercher. Quand tes parents arrivent, ils ont le plaisir d’être accueillis par un policier. Parce que, oui, une plainte à la police a déjà été déposée. Bien sûr, tu ne remets plus jamais les pieds dans cette école-là.

    Dire que c’est par peur de la drogue que ma mère, qui ne gagnait vraiment pas un gros salaire, se serrait la ceinture pour nous envoyer au collège…

  2. Oui, le « mirage de l’école privée » fait beaucoup de tort à notre société. L’apartheid scolaire qui sévit actuellement au Québec a quelque chose d’immoral. Le nez collé sur la réussite individuelle de leur enfant, les parents semblent incapables de constater que notre système scolaire à deux vitesses est un facteur de risque en ce qui a trait à l’avenir collectif de la société québécoise. Espérons que des esprits éclairés appuieront l’orientation courageuse de notre nouvelle ministre de l’Éducation, Mme Malavoy.

    • Marie-Claude Ducas

      Merci à tous les deux de vos forts éclairants commentaires. Et Éric, je gardais ça pour la suite de mon billet, mais je vais déjà vous vendre un petit « punch »: croyez-le ou non, je ne suis vraiment pas sûre pour autant d’être d’accord avec la proposition de la ministre Malavoy. Le public semble s’être mis à se forcer plus depuis quelques temps, et c’est sans doute en partie à cause de la concurrence du privé. Et puis, toute cette question du financement est plus compliquée qu’il n’y paraît à prime abord…

  3. Contre vents et marées (famille, conjoint, amis) j’ai fait le choix d’inscrire ma fille à l’école primaire privé afin de contourner l’école publique qui nous avait été attitrée suite à une « redistribution » des enfants de nouveaux quartiers dans l’école désertée du bas quartier… j’ai même décidé d’en assumer tous les frais hors du budget familial.

    Ma fille qui avait alors 5 ans, entra en maternelle heureuse et leader, en est ressortie anxieuse et même un peu minée dans son image personnelle malgré des notes au-dessus de la moyenne.

    La trop grande pression venait des professeurs: 4 évaluations quotidiennes du comportement de l’enfant, des activités récompenses avec les membres de la direction pour les meilleurs élèves, des soirées gala pour les méritants seulement. Je souhaitais que le privé puisse valoriser les forces de mon enfant, mais au contraire il était toujours question de comparaison!

    Ma fille était rendue malade, anxieuse, stressée alors qu’elle était leader, participante et autonome. On me convoquait pour me dire que c’était simplement de l’anxiété de séparation et de ne pas embarquer dans son petit jeu.

    Que de regrets… nous avons déménagé près d’une petite école de quartier où ma fille se rend à pieds et elle n’a plus jamais eu mal au coeur de voir la porte d’entrée. Elle réussie bien et surtout, elle aime l’école à nouveau :-)

    La question se posera-t-elle à nouveau pour le secondaire, sûrrement ayant fréquenté moi-même le secondaire privé… J’ai hâte de voir la suite de votre billet :-)

  4. Oui, vous avez raison de parler de mirage. D’illusion de sécurité, notamment, à un âge délicat.
    Nous avons été confronté l’an passé aux mêmes réflexions et nous avons visité l’école publique. Impressionnée par la qualité de l’équipe et du volet musique. Nous avons malgré tout (et malgré surtout notre fond social-démocrate qui nous disait que plutôt que se battre pour des places en privé on devrait se battre pour un public de qualité ) opté pour l’école privé. L’illusion de sécurité à candidement fonctionné pour nous….
    Maintenant, l’école est commencé. J’avoue cependant que le programme académique et la qualité des enseignants me plaît pas mal. Je suis issue du systeme public et je fais ma vie. Mon fils me semble avoir cependant une chance que je n’ai pas eue: un programme très très enrichi en contenu.
    Maintenant, il aura à affronter les mêmes écueils possibles qu’au public. Et il aura aussi à voir certaines inégalités, même si c’est dans un contexte très blanc francophone aisé. Et Même si il va au privé, il ne fera pas les voyages en Europe…
    Mais surtout, si il ne s’y sent pas bien et si nous croyons qu’il serait mieux dans un autre environnement, nous changerons d’idée. Le privé n’est pas non plus un dogme. Il est un choix possible.

  5. Vous m’enlevez les mots de la bouche! J’ai vécu exactement la même expérience l’an dernier. Dans mon quartier, les parents choisissent le privé à 60%. Certains ne se donnent même pas la peine d’aller visiter l’école publique du quartier, mais la critiquent à plein. Quand j’ai demandé à une mère de me dire sur quoi elle se basait pour dire que l’école publique du quartier n’était pas bonne puisqu’elle n’était pas allée aux portes ouvertes et qu’elle ne pouvait donc pas comparer, elle m’a dit après un moment d’hésitation que le prof qui nous avait accueilli à l’examen du programme enrichi manquait de classe car il portait des Crocs. Je suis la seule à être allée aux portes ouvertes du programme régulier. Ma fille a passé l’examen de l’école privée où toutes ses amies sont finalement allées, mais j’ai choisi l’école publique et ni ma fille ni moi le regrettons. Les profs sont beaucoup plus dynamiques qu’à l’école privée du quartier et l’emplacement de l’école publique est idyllique, sans compter que l’école à une piscine, a accès à l’arena et à la rivière pour les sports nautiques. Et les 5000$ économises nous servirons à faire des voyages qui seront beaucoup profitables à ma fille, j’en suis convaincue.

  6. Un sujet qui pourrait être très intéressant à développer (mais aussi très délicat…) est celui du contact avec la ‘bonne’ classe sociale. Plusieurs parents envoient leurs enfants au privé afin qu’ils soient en contact avec des amis dont les parents sont des gens d’affaire reconnus, des entrepreneurs à succès, des personnes influentes. Et attention: Tout ceci ne se fait pas dans dans un excès de snobisme mais bel et bien dans le seul intérêt de l’enfant. Pourquoi ne pas donner toutes les chances à son enfant en lui permettant de créer des liens d’amitié avec des amis qui ont plus de chances de réussir dans la vie?

    • Monsieur Racine,
      Si votre enfant a besoin de l’influence superficielle des autres pour trouver et réussir sa propre voie, je me poserais bien des questions… Et sachez qu’il n’y a rien de mal à gagner un salaire de 50 000 à 70 000 $ par année. Nul besoin de gagner un salaire de 300 000 $ pour être heureux. Il n’y a rien de mieux que de croire dans le potentiel intrinsèque de son enfant pour lui «donner toutes les chances» comme vous dites. Le potentiel de chaque enfant ne se résume pas à l’école qu’il fréquente, mais surtout à l’éducation et la la confiance qu’on lui transmet surtout à la maison.

      • Tout à fait d’accord avec vous. Je crains que vous ne m’ayez mal saisie. Je n’émettais d’ailleurs pas là mon opinion personnelle mais une piste intéressante à explorer car j’ai entendu ce genre de commentaire. Nous avons 4 enfants à la maison, issus d’unions différentes. Les 2 aînés sont au privé, les deux autres au public. Nous sommes en mesure de constater que dans les deux systèmes, nos enfants font leur place et le travail de l’enseignant prédomine sur tous les autres facteurs qui entrent en ligne de compte.

    • Bonjour Madame,
      voilà tout le drame de nos société. classer les gens, dès leur jeune âge, en fonction de leur potentielle ‘utilité’. je crois que nous avons besoin de tous, mais surtout, nous n’avons pas besoin de ce genre de classement totalement subjectif. La classe politique actuelle et certains ingénieurs (ce sont des universitaires non?) nous démontrent bien actuellement que la qualité humaine n’est pas leur première… qualité! Mais pour ce qui est de la qualité de leur porte-feuille….

  7. Bonjour ! Merci d’avoir écrit votre article sur les différences entre les écoles élémentaires publiques et privées. Il y a beaucoup de choses que je aime à propos de deux écoles. Parfois, une école privée peut donner un enfant une éducation plus ciblée, tandis que les écoles publiques sont plus généraux dans leurs études. Passez une bonne journée, et bonne continuation ! Durandana | http://www.ecoleaujardinbleu.com/fr/

  8. C’est un article intéressant, c’est vrai que l’on pense toujours que l’école privée est toujours supérieur aux écoles publiques. Toutefois, je me dis qu’il y a une raison pourquoi les écoles privées tiennent cette position élevée dans nos esprits. Par exemple ma fille est très douée au violon, et elle veut concentrer sur ça. Je pense que les écoles privée sont bien pour la spécialisation.

    Yvon Lebras | http://www.ecoleaujardinbleu.com/fr/

  9. Bonjour, et merci d’avoir partagé ces idées sur ces types d’écoles publique et privé. Il y a de nombreux avantages que ces deux écoles apportent à leurs étudiants, car les étudiants sont doués dans des différentes choses et sujets. Je pense qu’il est important de rechercher et de trouver le type d’école qui correspond le mieux aux besoins de l’étudiant.

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