Le problème avec « Occupons Montréal »: occuper quoi? Et pourquoi?

Finalement, l’honneur est sauf : ils auront été, selon les différents estimés, de «plusieurs centaines » à « près d’un millier » à aller manifester, samedi, au Square Victoria, dans le cadre du mouvement « Occupons Montréal ».  S’il y en avait eu moins que devant le Apple Store pour l’arrivée du iPhone 4GS la veille, cela aurait été gênant…

Mais au fait, que demande, que demandait au juste tout ce beau monde, rallié entre autre par le site web du groupesa page Facebook, et, sur Twitter, par le hashtag #OccuponsMontréal ? Laissez un peu retomber la poussière, et il restera avant tout deux choses.

Occuper Wall Street, d'accord... Mais ici? Que réclame-t-on au juste? (Source: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/333667/occupy-wall-street-les-indignes-vus-de-l-interieur

1- OÙ protester au juste ? Devant QUELS symboles de puissance économique? Aux États-Unis, on comprend facilement comment a émergé le mouvement Occupy Wall Street : centre incontestable de la finance, Wall Street est l’adresse de la Bourse de New York, et aussi  celle de grandes banques et firmes d’investissement telles Goldman Sachs. Au cours des dernières années, on en a vu certaines, telles Lehman Brothers, faire faillite. Mais celles qui subsistent ont été soutenues à grands frais par l’État, et leur dirigeants continuent de mener grand train. Au moment où au moins 15 millions d’américains se cherchent un emploi décent à temps plein (et encore, cela n’inclut pas les immigrants sans statut), et que 3000 ménages perdent leur maison chaque jour, les chroniques mondaines continuent de faire état du grand train de vie de l’élite financière, à New York ou dans les Hamptons, leur terrain de jeu estival. Les racines de la révolte sont évidentes, et le lieu d’occupation, facile à désigner : c’est Wall Street… Mais ici? On occupe quoi? La plupart des centres décisionnels des banques et des grandes entreprises, même celles qui, « en théorie », sont encore à Montréal, sont dans les faits rendus à Toronto.

« Au lieu de ‘Occupons Montréal’, pourquoi pas ‘Occupons-nous DE Montréal?’ »

On a dû se rabattre sur la Bourse de Montréal, qui n’est maintenant qu’une bourse mineure, consacrée aux produits dérivés, et dont le centre décisionnel est à Toronto. S’il y a une chose que le mouvement « Occupons Montréal » aura contribué à faire ressortir, c’est à quel point il y a peu de pouvoir économique concentré désormais à Montréal.

2-On est trop bien. Ou en tout cas, pas assez misérables. En effet, pourquoi proteste-t-on au juste? Et contre quoi? Il y en a d’autres qui sont plus riches que vous? Bien oui. Et dans certains cas, – savez-vous quoi? – , c’est parce qu’ils l’ont mérité. Et dans d’autres cas, c’est sûr que non : il y des gens immensément riches qui ne le méritent absolument pas. Il  y en a même qui se sont enrichis de façon malhonnête.  Mais en principe, il y a des lois et des sanctions prévues pour cela, mais si tout est loin de fonctionner parfaitement.  Pour le reste, oui  c’est injuste. Mais cela ne date pas d’hier. Et la vie est, plus souvent qu’autrement injuste, sous bien d’autres rapports aussi. On peut facilement comprendre qu’ailleurs, le mouvement Occupy Wall Street aie fait des petits. Les Grecs, plongés dans un immense marasme économique, qui affecte tout le monde, vivent une immense crise existentielle collective. En France comme au Royaume-Uni, en Espagne comme en Italie, les citoyens ordinaires se débattent avec des coûts de la vie faramineux, des taux de chômage qui grimpent en flèche, surtout chez les jeunes, et dans des sociétés en plus beaucoup plus rigides et hiérarchisées qu’ici : si vous n’êtes pas passé par les « bonnes » écoles, si vous n’avez pas les bons contacts, oubliez-le, votre espoir d’un avenir brillant…

Ici, tout est loin d’être parfait, mais honnêtement, il n’y pas encore de comparaison possible. On voit même des chroniqueurs s’en désoler, parfois et, d’une certaine façon, nous souhaiter plus de misère, pour qu’on se bouge enfin. (Je n’invente rien: voici ici. Et voir aussi, de mon côté, ce billet-ci et celui-là.) C’est un point de vue… Alors, en voilà quand même, quelques problèmes: nos urgences débordent, notre système d’éducation a besoin d’un sérieux électrochoc, notre réseau routier tombe en ruine et nos aqueducs font des hémorragies massives. Pour ne mentionner que cela.

Alors, au lieu de « Occupons Montréal », pourquoi pas « Occupons-nous DE Montréal » ? On pourrait réfléchir à des moyens pour vraiment pour tirer parti des nombreux atouts de cette ville, et pour les mettre en valeur. Par exemple. Ou s’impliquer davantage en politique – eh oui !, ne serait-ce qu’en allant voter dès qu’on en a l’occasion, pour commencer- , afin de porter au pouvoir des gens qui pourront y changer quelque chose; ce qui sous-entendrait, par le fait même, de pousser dehors des incompétents. En tâchant de voir de nouvelles avenues de développements économiques pour Montréal. Et bienvenue aux autres suggestions…

Alors, longue vie à un mouvement « Occupons-nous de Montréal? » Avec un hashtag #OccuponsnousDEMontréal, peut-être…

 

 

  1. Jean-François Beaulieu

    S’occuper de notre ville : bonne idée ! C’est ce que les gens de Québec et de Lévis font depuis quelques années. Et les résultats sont pas si pires…

  2. Travailleur Tanné de travailler pour les occupeux de Montreal

    Je comprends pas, toujours les même paresseux qui vont manifester pour une raison flou. On a vu ca a LCN. Les personnes qui sont la , y savent pas même pourquoi au juste qui sont la, Une fille dit `Occuper l’ espace publique et regarder le monde aller travailler dans les tours a bureaux` C’ est le fun ca! Aller ma gang d’épais ,aller travailler pour nous faire vivre a niaiser dans un parc pour protester.La plupart sont des jeunes qui ont pas travailler bin bin fort dans leurs vies. Anyway encore du niaisage pour e rien.Moi , en tout cas , pas moi qui va donner quelque chose a eux autre. Qui ailes travailler !

  3. Marie-Claude Ducas

    À « Travailleur tanné »: Cher monsieur,
    J’ai publié votre commentaire, mais je tiens à dire que je n’y souscris pas pour autant dans son entier, surtout pas quant au ton adopté… Je vous laisse aussi assumer toutes les fautes qui s’y trouvent.

  4. David Suzuky mentionnait que l’économie du Canada a crû de 60% entre 1990 et 2008. Pendant la même période, l’endettement moyen des ménages s’est accru de 61%, passant de 93% du revenu disponible en 1990 à 150% du revenu disponible en 2008. Plus du tiers de cet endettement est constitué de dettes à la consommation. De là à dire que notre économie fonctionne à crédit, il n’y a qu’un pas que l’on peut aisément franchir. Mais où donc sont allés les fruits de cette croissance si les gouvernements et les ménages sont aujourd’hui plus endettés qu’avant malgré une croissance économique de 60% ? Une étude réalisée aux États-Unis par l’Economic Policy Institute démontre que 80% de la croissance de la richesse entre 1983 et 2009 est allé aux 5% des Américains les plus riches. Les 1% des Américains les plus riches se sont accaparé 40% de la richesse créée sur cette période. 60% de la population des États-Unis se sont collectivement appauvris de 7,5% sur la même période. Pire encore : selon le Census Bureau des États-Unis, le salaire médian d’un américain était de 47 715 $ en 2010. En 1972, il était de : 47 550 $! En quarante ans, le travailleur américain moyen ne s’est pas enrichi alors que le PIB américain a plus que triplé! La situation est loin d’être aussi dramatique au Canada mais les tendances sont claires ici aussi.

  5. #OccuponsnousDEMontréal s’impose en effet.

    Il faut quand même dire une chose : quel que soit le parti « au pouvoir » à l’hôtel de ville, l’expression « au pouvoir » est une risée. Montréal #MTL n’a aucun pouvoir, AUCUN! sauf celui de nous faire suer avec les taxes locatives, les parcomètres, ses cols bleus et… des déficits monstrueux sur des projets simplissimes à gérer, genre une flotte de vélos #bixi.

    Montréal n’a aucun pouvoir, mais c’est un député du Bas-du-Fleuve qui était jusqu’à récemment responsable du métro. Il était sans doute ben fin Claude Béchard, mais avait-il pris ce moyen de transport une seule fois dans sa vie sur l’heure de pointe? Ou le train de banlieue hors des heures de pointe?

    Montréal n’a aucun pouvoir mais le fédéral administre ses ponts les plus névralgiques. Voir un coq député du Saguenay devenir responsable du plus important pont au Canada, et qui nous dit sans rire que ça va nous coûter cinq milliards alors qu’on n’a pas encore vu l’ombre d’un plan, on a soudain une envie furieuse de renvoyer Gomez à Hamilton et de faire confiance à une recrue.

    Montréal n’a aucun pouvoir mais Québec peut mettre la ville en tutelle si quelque chose ne lui plait pas. Demandez à Pierre Bourque s’il s’en souvient.

    Montréal n’a aucun pouvoir mais Québec gère, si on peut appeler ça gérer, les artères principaux de Montréal (Ville-Marie, Métropolitain), je pense que ça paraît. Le dossier de l’échangeur Turcot pédale dans la choucroute, la rue Notre-Dame traverse 300 arrondissements.

    Les portes logistiques de Montréal (Contrecoeur, Dorval, Port de Montréal, Vaudreuil-Soulanges, Lasalle) dorment au gaz au lieu de se coordonner. On a perdu un temps fou avec Mirabel.

    Non vraiment, on tourne en rond. Et ce qui n’aide rien, toutes les régions du Québec ont une peur bleue de Montréal l’impure.

    OccuponsnousdeMontréal s’impose en effet.

    • Voilà la liste bien ficelée des principaux bâtons mis dans les roues de notre île presque-état puisqu’elle magnétise environ la moitié de la population du Québec et pratiquement toute la population active… Merci pour ce résumé un peu sidérant mais qui ne semble pas nous inquiéter le moins du monde..!

  6. Joséane Brunelle Tristan Tondino

    Madame Ducas,

    Le mouvement OWS aborde le problème de postnationalisme (pour la santé économique des multinationales). Bien que le postnationalisme soit un desideratum à bien des égards, en ce moment, les sociétés multinationales ne requièrent plus un lien (financier) à une nation en particulier ce qui signifie qu’ils n’ont plus à payer d’impôts. Ils cachent leurs profits dans des paradis fiscaux qui les accueillent à bras ouverts. Des trillions de dollars ne deviennent que du profit (à quelle fin?) alors qu’à l’échelle du monde, les gens souffrent de pauvreté extrême.
    Les multinationales n’ont plus aucun lien affectif avec « leur » pays et se fichent d’où provient leur consommateur. Ce qui conduit à la réduction du fossé entre les pays industrialisés et les pays en développement, mais malheureusement, pas dans la bonne direction. Le fardeau de maintenir le succès économique (et par conséquent, de conserver et améliorer les infrastructures qui ont fait le Canada ce qu’il est) d’un pays repose plus que jamais sur les classes inférieures et moyennes. Et pourtant, ces multinationales utilisent les infrastructures des tous ces pays.
    Nous ne sommes pas à l’abri des problèmes qui s’aggravent aux États-Unis, ni à l’abri des expériences postnationalistes qui grugent Europe, pas plus que nous ne sommes à l’abri des enjeux environnementaux causés par la consommation de masse.
    Ceux qui occupent Montréal tentent, entre autres, de nous faire comprendre qu’ à la lumière des tendances des 20 dernières années, si nos gouvernements ne se ravisent pas, les gens qui ont travaillé fort verront leurs économies disparaître, nos infrastructures seront de plus en plus détériorées et nos ressources naturelles pillées. « Alors, en voilà quand même, quelques problèmes : nos urgences débordent, notre système d’éducation a besoin d’un sérieux électrochoc, notre réseau routier tombe en ruine et nos aqueducs font des hémorragies massives. » Madame Ducas, on ne peut s’occuper de ces problèmes qu’à un niveau municipal exclusivement, mais provincial, fédéral et enfin, international.
    Naturellement, on ne peut négliger le fait qu’un gouvernement conservateur exacerbe la situation qui se dégrade d’une semaine à l’autre. Les conservateurs admirent Harper en signalant que le succès d’une personne ou d’une société est la preuve de son mérite. Donc, on peut en conclure, par ce concept tordu, que ceux qui ont perdu leur maison le méritaient. Toutefois, si l’on prend encore comme exemple les États-Unis, les banquiers qui ont provoqué la chute ont été récompensés avec des sommes astronomiques : l’argent des contribuables. Pourtant, si ces banquiers ont échoué, pourquoi ne sont-ils pas sans-abri? Pour ceux qui croient que la raison du plus fort est toujours la meilleure, la vacuité de leur vie témoigne de leur faillite morale.
    Nous le répétons, nous, Montréalais, Québécois, Canadiens, ne sommes pas à l’abri de ce monstrueux travestissement.
    Oui, Madame Ducas, vous avez raison, nous devrions nous occuper de notre ville. Mais on ne peut faire abstraction d’une réalité universelle qui déstabilise notre société : la dérèglementation omniprésente, même au sein du gouvernement canadien et québécois. L’occupation de la Place Victoria est une forme d’engagement politique et se veut un appel universel aux citoyens de la ville et du monde. Vive les 99%!

  7. Je partage tout à fait votre avis Mme Joséane Brunelle et M.Tristan Tondino. Je ne répéterai pas vos arguments, vous les exprimez clairement.

    Selon votre rhétorique Mme Ducas, il faudrait attendre d’être dans la misère pour se mobiliser contre les abus des financiers. Montréal est justement le lieu au Canada où se transigent les produits dérivés qui sont eux, à la base de la crise que nous connaissons. Les spéculateurs qui amassent des fortunes simplement en déplaçant de l’argent et qui engrangent des commissions (qui s’apparente à de l’usure) dans des paradis fiscaux pour éviter de payer leurs impôts. Non Mme Ducas, ce n’est pas qu’aux États-Unis et en Grèce que ce situe le problème, il touche la planète, quoique vous en pensiez.

  8. Les gens agissent comme ils le peuvent.

    Serions-nous au démarrage d’une massive campagne d’actions non-violente contre les abus économiques de nos dirigeants?

    L’occupation n’étant qu’une première étape…

    http://www.nonviolence.ca

  9. si je suis votre logique tout les jeunes qui protestent sont de la belle marde, mais votre génération a aussi proteste et vos parents ont pensés la même choses de vous. Et n’ai se pas un mouvement de solidarité au qu’elle les jeunes prennent part? Et si vous pensez qu’il n’a aucune raisons de protester dit moi si le système de vous ecoeur pas, les banques,la corruption dans la construction… Je vous demande si les quebecois auraient eu les couilles de descendres dans les rues, ils auraient peut-etre eu leur commision d’enquete sur la construction.

    Et si cette manifestation pourrait réveiller une génération et peut être même les baby-boomers.NON bien sur, ils sont trop peur de perdre leur fonds de pension en réclament que nous vous le payons sans que vous faites des compromis et en sachant que nous n’aurons jamais la chance de voir notre argent.

    Un jeune qui est tanner de l’intolérance de votre génération envers au changement.

  10. Je comprends que vous trouvez que le discours des indignés est complexe (confus?) et qu’ils n’ont pas toutes les réponses, que nous sommes éloignés du pouvoir à Montréal et qu’il y en a des pires que nous nous.

    C’est vrai. Cependant, il faut voir ce mouvement pour ce qu’il est et non pour ce qu’il devrait être. C’est une étape, ce n’est pas une fin, pas une destination.

    La dégradation de l’environnement à vitesse grand V, les écarts de richesse honteux dans le monde et ici même (de savoir s’il sont mérités ou pas lorsqu’ils sont de l’ordre de milliers de points de pourcentage est dérisoire), l’échec patent de la stratégie de la création de la richesse pour réduire la pauvreté, la dépossession des nations de leurs richesse naturelles, la corruption perpétuelle des acteurs économiques et politiques (même en démocratie), les investissements dans des guerres dévastatrices (dans les pays producteurs de pétrole toujours)… l’évidence est qu’il faut absolument débarquer du train du statut quo, le contraire fait preuve d’un déni digne de la maladie mentale (d’ailleurs quel est le taux de dépression donc?).

    Ce train là roule sur des humains dans les pays pauvres, il roule sur la richesse et la beauté de la vie, il roule sur les capacités des générations qui nous suivront. C’est un système de mort.

    Arrêter de contribuer à la mascarade du système de l’économie croissance financiarisée, c’est déjà beaucoup.

    Les indignés souhaitent que le monde prenne une petite pause pour réfléchir à leur rôle et celui de leurs dirigeants (démocratiques ou pas).

    On est à l’étape de la pause. Grâce à ce mouvement original, on a des chances de toucher de nouvelles personnes. J’espère qu’on sera nombreux et nombreuse à reconsidérer notre participation en société, notamment nos choix de consommation, le sens de notre travail et notre engagement politique. Ensuite on va passer à l’action.

    Contrairement à ce que vous dites, je ne suis pas certain que la réflexion des Montréalais est mûre pour que des actions conséquentes aux problèmes réels de notre monde aillent de l’avant, ni la vôtre, ni la mienne. À quoi bon monter une offre politique (qui existe par ailleurs) si les gens ne sont pas prêt?

    Déjà, de descendre du train, le temps de se demander où on ira, est un geste de courage immense. Et peut-être qu’en voyant tout le monde sur le quai réclamer la venue d’un autre train vous déciderez de changer vous aussi. Même si on ne sait pas toujours où on va, on sait où on ne veut plus aller, où il ne faut plus aller.

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