Vers la prochaine révolution tranquille ? Retour sur Christiane Charrette avec Patrick Lagacé… et moi

En ce vendredi après-midi, voici un retour que je m’étais promis de faire depuis un moment déjà. Mais, que voulez-vous, les réalités quotidiennes en décident parfois autrement…

Quand arrêtera-t-on de tout voir à travers les yeux des baby-boomers?  ou Peut-être préparons nous la prochaine révolution tranquille sans le savoir: Dans mon précédent billet, je revenais sur une chronique de Patrick Lagacé dans La Presse, où il réagissait à certains propos tenus en entrevue par le cinéaste Denys Arcand.  Entrevue qui, après que je l’aie moi-même écoutée, m’inspirait des réflexions bien différentes. Nous nous sommes retrouvés tous les deux à l’émission Christiane Charrette, à Radio-Canada. Pour débattre du thème: le Québec est-il soporifique ? C’était il y a juste un peu plus d’une semaine, le 22 avril dernier. Vous pouvez aller écouter le débat ici. Pour résumer: Patrick soutient que le Québec est ennuyeux, qu’on ronronne trop et que tout est bloqué. Il se surprend à envier des sociétés comme la Pologne, où il se passe vraiment quelque chose, et où se livrent de vrais combats. Et il envie ceux qui, ici, ont pu vivre une période comme la Révolution tranquille.  Je souligne, pour ma part, que j’en ai plus qu’assez de ce vieux réflexe qui nous pousse à croire que tout est mieux ailleurs… même leurs problèmes. Il faut quand même le faire !  

En débat à Christiane Charrette avec Patrick Lagacé: cessera-t-on bientôt de regarder l'avenir avec les lunettes du passé ?

En plus, en cours de débat, j’ai été à nouveau frappée de voir à quel point on a encore tellement l’habitude de tout voir à travers la grille d’analyse des baby-boomers. On répète encore et toujours qu’on s’ennuie, on soupire en pensant aux thrills qu’ont pu avoir nos aînés lors des « grands combats » de la Révolution tranquille et de la Crise d’octobre… Et pendant ce temps, on ne se pose sans doute pas les bonnes questions, on reste aveugles à nos progrès, et on néglige les forces qui, justement, pourraient nous permettre de résoudre nos problèmes d’aujourd’hui.

Ceci dit, je ne peux qu’être entièrement d’accord avec Patrick lorsqu’il évoque cet immobilisme qui sévit à plusieurs égards: les moindres projets, qu’il s’agisse d’échangeurs, d’autoroutes ou de superhôpitaux, s’engluent dans des dédales tant idéologiques qu’administratifs; sur le plan politique, c’est la dèche et l’ennui… (tant au fédéral, au provincial qu’au municipale d’ailleurs).  Alors, justement,  je pose la question: comment se sentaient nos aînés, justement, à l’aube de la révolution tranquille, sinon souvent bloqués, embourbés, découragés ? Je peux me tromper, mais il me semble que, justement, cet ennui et cette exaspération que l’on sent ne pourront pas faire autrement que de donner naissance à quelque chose. Surtout s’ils se combinent à cet espèce de fourmillement, de bouillonnement, de renouveau que l’on sent dans de plus de domaines, tant à Montréal et à Québec, qu’ailleurs ici.

Pendant le débat, Patrick Lagacé disait entre autres  « Je m’ennuie de ne pas avoir eu 30 ans dans les année 70 », et aussi « Comme journaliste de 38 ans, j’aimerais ça vivre une sorte de révolution tranquille, un changement drastique. »

Il se pourrait bien que notre ami Patrick soit plus près qu’il ne le soupçonne d’être exhaucé…. Ce qu’on a de mieux à faire,  de toute façon c’est s’arranger pour être de ceux qui feront partie de cette nouvelle révolution, plutôt que de ceux qui seront englués dans le passé.

  1. Pas fou comme réflexion. La pression monte de partout pour des changements importants. La société québécoise est sur le neutre depuis trop longtemps. Oui, il y a certains progrès, mais, en général, le surplace commence à être insupportable.

    Quand c’est rendu qu’une manifestation contre un budget regroupe 30000-50000 personnes, c’est que la masse silencieuse commence réellement à en avoir assez.

    Cela dit, on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir. Espérons pour le mieux!

  2. Nous sommes une société qui tourne en rond en quelque sorte, les médias, sous l’emprise du show business carburent à la redondance, nos partis politiques sont gérés comme des cartels et notre système d’éducation met tout en oeuvre pour s’assurer que tout le monde pense comme tout le monde. Pour couronner le tout on est d’accord pour dire que notre système de santé,qui consomme plus de 45 % du budget de l’état, est malade…La prochaine révolution a beaucoup de choses à remettre en question. Ce qui nous manque dramatiquement, à mon sens, c’est un véritable projet de société. Mis à part les grands voeux de prospérité économique et d’une société très éduquée, serait-il possible de se doter d’objectifs concrets. J’ai quelques idées sur le sujet, on s’en reparlera.
    Jean David

  3. Sur au moins un point Marie-Claude,ta théorie ne tiens pas la route. Le baby boomers ne se sentaient pas embourbés, au contraire ils allaient à toute allure et c’était à peine assez vite pour ne pas perdre le contrôle. Quelques exemples:
    Le 12 février 1962, le ministre des ressources naturelles du Québec René Lévesque lance un vibrant plaidoyer en faveur de la nationalisation des 10 compagnies privées d’électricité du Québec et de leur unification dans un seul réseau. Le 28 décembre 1962, le conseil des ministres adopte les arrêtés en conseil autorisant Hydro-Québec à acheter les compagnies. Une magistrale opération de relations publiques s’il y en eu jamais une, réalisée en 11 mois!
    La construction des écoles: durant les années 1960, la population d’âge scolaire augmente de plusieurs dizaines de milliers d’enfants PAR ANNÉE. Il faut construire des dizaines d’écoles partout, chaque année.
    La création de la Régie des rentes, de la Caisse de dépôt, du Ministère de l’éducation, de l’Université du Québec, la construction du complexe Manic-Outardes, l’incoryable défi technique que posait la construction des lignes à 735 Kv sur des centaines de kilomètres… non, vraiment, ce monde-là ne se sentait pas embourbés. Ce qu’il nous manque aujourd’hui, c’est le sentiment d’urgence.

    • Marie-Claude Ducas

      @Guy : très pertinent commentaire… Mais quand même, il me semble que, dans une société comme la nôtre où tant de choses bouillonnent, et où, en même temps, on est tellement
      paralysés à d’autre égards, les choses ne peuvent pas rester comme cela indéfiniment. C’est vrai qu’il manque un sentiment d’urgence. D’où viendra-t-il ? Et puis, encore une fois, attention à ne pas regarder le présent et l’avenir avec les lunettes du passé. J’utilise le terme  »Révolution tranquille » faute de mieux, mais les prochains changements auront sans doute une origine, et un déroulement, complètement différents de ce qui s’est produit dans les années 60.

  4. La société, c’est le coeur d’une nation. Et comme tout cœur vivant, il est en constante pulsation.

    À une génération de révolution s’engendre habituellement plusieurs générations de confort et d’individualisme.

    Si nous serions constamment sur le qui-vive et toujours à vouloir tout régler d’une main de fer, on s’essouflerait gravement. Voire au point de se retrouver en pleine défibrilation…

    Une écoeurantite aigüe est nécessaire à toute révolution. C’est malheureux mais avant de vouloir changer les choses il faut savoir à quel point nous sommes prêt à tout chambouler avant de s’engager dans des projets innovateurs lourds, complexes et demandant des sacrifices à l’échelle nationale.

    Sommes-nous proche d’une nouvelle révolution? J’en doute. Le système d’éducation et les valeurs sociétales prônent une synchronisation des pensées collectives au lieu de prévaloir et récompenser une indépendance intellectuelle et une réelle transmission des principes de la pensées critiques.

    Comment changer les choses si personne ne réussit à faire des choix qui vont en dehors des courants populaire? D’où cette attente générale de l’arrivée d’un messie qui rassemblerait ses ouailles.

    Pour reprendre, en le mettant au goût du jour, le bon vieux slogan des Libéraux l’année de l’élection qui poussa Duplessis et son Union Nationale sur la bas-côté :« Il faut que ça change… mais grâce à quelqu’un d’autre. »

  5. Pourquoi chercher constemment à vouloir des problèmes pour les résoudre? Pourquoi ne pas profiter de la vie quand ça va bien.

    Voici ce que je dis à ceux qui se cherchent un projet de vie, de société : faites du bénévolat! Si le bénévolat local n’est pas suffisant, aller faire du bénévolt dans les pays étrangers, aller dans les endroits où la vie n’est pas aussi rose qu’ici!

    Ceux qui récriminent de cette façon n’ont souvent pas sortis de chez eux! Voyagez, aller vivre à l’étranger! Après on pourra se reparler et voir si on a toujours besoin d’avoir des problèmes à régler!!

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