Hommage à la Génération X

« D’où vient, au juste, cette expression de Génération X? » C’était au lunch, à la fin de la Journée conférence sur la communication internes et les ressources humaines, récemment. Il avait été beaucoup question de la cohabitation entre les diverses générations au travail: différences de valeurs et de mentalités entre la génération X et la génération Y, sans parler des baby-boomers qui sont encore là, et de la prochaine génération – la génération Z?- qui va bientôt suivre…

Generation X, publié en 1991: le premier portrait romanesque de cette génération

D’ailleurs, préparez-vous: à mon humble avis, on n’a pas fini d’entendre parler, dans les milieux de travail, de cette fameuse cohabitation des générations. Nathalie Bertrand, conseillère en ressources humaines, traitait récemment de la « Génération Y » sur son blogue, QdeJob. Et, sur les changements en milieu de travail, je ne saurais trop vous inviter à lire cet article sur «l’entreprise de 2020 » , publié ce printemps par un expert du Conference Board.

Et donc, en ce qui concerne  »Génération X » j’ai répondu que le terme avait été popularisé par l’écrivain canadien Douglas Coupland, dont le premier roman, publié en 1991, s’intitulait « Generation X: tales for an accelerated culture ». Les trois héros, Andy, Dag et Claire, âgés dans la vingtaine, ont chacun quitté leur emploi «dénué de but, de signification, et de reconnaissance », pour vivre ensemble à Palm Springs, à la frontière du désert de Californie.  Tout en survivant grâce à des « McJobs » (« low-pay, low-prestige, low-benefit, no-future jobs in the service industry »), ils tâchent de trouver un sens à leur vie.

Au menu pour les "X": l'impasse financière...

À l’époque, quelques reportages dans les médias avaient déjà mis de l’avant des termes et des phénomènes liés à l’émergence de cette fameuse « Génération X »,  née quelque part entre 1958 et 1975.

Mais, dans le roman, c’était la première fois qu’étaient ainsi rassemblés et cristallisés la vie, la mentalité, les expressions et les obsessions de cette génération, qui, en fait, est arrivée à la fin du fameux baby-boom nord-américain. Et dont les membres, en fait, sont assez vieux pour connaître la culture et les références des baby-boomers… mais trop jeunes pour avoir profité des avantages dont a joui cette génération. Et donc, alors que leurs aînés avaient débarqué en force sur le marché du travail (certains après avoir fort bien « vécu » leur jeunesse, en testant  un nombre appréciable de substances illicites… et de partenaires sexuels), et occupé en masse les nombreux emplois disponibles, les « X » sont arrivés en plein marasme des années 80, pour faire face au chômage, ou, à tout le moins, à des emplois sous-payés et sous-qualifiés. Sur un autre plan, ils sont aussi arrivés à la maturité sexuelle en pleine montée des MTS, et au moment de l’apparition du Sida, pour lequel un diagnostic équivalait à l’époque à une sentence de mort.

... et la précarité en toutes choses.

Et on a ainsi vu se développer, chez cette fameuse Génération X, toute une sous-culture, basée sur la précarité, la désillusion face aux perspectives d’emplois, et, surtout, un solide ressentiment face aux baby-boomers.  À preuve, comme échantillon, cette tirade livrée dans le roman par Dag, qui, avant de tout laisser tomber, travaillait à Toronto, en marketing (tiens, tiens), à son baby-boomer de patron, ex-hippie devenu yuppie:

« Do you really think we enjoy hearing about your brand-new million-dollar home when we can barely affort to eat Kraft Dinner sandwiches in our own grimy little shoe boxes and we’re pushing thirty? A home you won in a genetic lottery, I might add, sheerly by dint of your having been born at the right time in history? You’d last about ten minutes if you were my age these days. »

Je me souviens pour ma part de la jubilation que j’avais ressentie au cours de cette lecture: enfin, notre culture, notre mentalité, nos angoisses et nos obsessions existaient quelque part ! Entre autres: la hantise de la Bombe (les « X » ont connu la Guerre Froide; pour leurs cadets, c’est déjà de l’histoire ancienne); la préoccupation quasi-obsessionnelle face aux problèmes environnementaux – un des chapitre a pour titre « Plastics never disintegrate« – , et la tendance, pour bien des jeunes adultes, à rester « collés » chez leurs parents – préfiguration du fameux « phénomène Tanguy »…

Paul, le personnage créé par Michel Rabagliati: membre typique de la Génération X

En fait, on se rend compte qu’on retrouve déjà chez les « X »  bien des caractéristiques et des tendances qui vont prendre leur essor chez la « Génération Y » : la préoccupation pour le « durable » et l’équitable; au travail, le besoin de reconnaissance, l’instabilité et le manque de fidélité; le refus de vieillir et la dépendance face au « filet de sécurité » que représentent les parents. À la différence, quand même, que les « X » ont en général vécu avec un fossé culturel, voire une incompréhension par rapport à leurs parents issus de l’époque de la Dépression, alors que les « Y » ont plutôt eu le traitement « copain-copain » ou « enfant-roi ».

Et nous voilà donc à une drôle d’époque. Les baby-boomers commencent à partir à la retraite. On retrouve de plus en plus de « X », dans des fonctions d’autorité et de responsabilité ; ceux-là même dont les baby-boomers, issus du cours classique et des mouvements contestataires, déploraient l’apathie, le manque de culture générale et de savoir-vivre. Et que font maintenant les « X » face aux « Y »? Oui, on déplore à notre tour leur manque de culture générale et de savoir-vivre. Mais on fait peut-être autre chose aussi. On fait le pont, le trait-d’union entre les baby-boomers et les « Y »: nous sommes assez vieux pour connaître et comprendre les références de l’ère des baby-boomers, mais capables de les mettre en perspective pour les plus jeunes. Et, finalement,  malgré ce que d’autres pouvaient en dire par le passé, nous avons intégré les codes sociaux et un certain civisme, qui font parfois défaut aux plus jeunes, et que nous pouvons désormais leur inculquer (« Non, venir au bureau torse nu n’est pas une bonne idée, même s’il fait 31° dehors »; « Portez autre chose que des shorts et des gougounes, au cas où vous appreniez que vous devez vous rendre, le matin même, à une conférence importante »; etc.).

D’ailleurs, sur le plan de la terminologie, c’est parce que le terme « Génération X » a existé qu’on s’est mis à parler par la suite d’une « Génération Y » (et en anglais cela donne, de façon fort à-propos, « Generation Why »). Toutes ces notions de cohabitation entre les générations, maintenant importantes et très discutées, ont émergé  avec la génération X.

Et puis, on commence même à laisser notre empreinte sur la culture. Michel Rabagliati, auteur de la série des « Paul« , dont j’avais déjà parlé dans un précédent billet, raconte, dans ses romans illustrés, sa vie de membre typique de la génération X. Et il le fait avec un succès qui transcende les générations : aux mulitples prix qu’il a déjà remportés, il vient d’ajouter celui de Créateur de l’année au concours pan-canadien de bande dessinée Joe Shuster. Et tous les « Y » de mon bureau à qui j’ai prêté un de ses livres sont venus me demander les autres, en se disant émus et touchés par les aventures de Paul.

Alors, en conclusion: hourra pour nous. On ne l’a pas dit souvent. Et pourtant, on le mérite bien.

Coda : « Rendons à César… »

À noter que, en 1986, est paru le livre « Acceptation globale« , co-écrit par François Benoît et Philippe Chauveau, et publié chez Boréal. Sous-titré « Ta Volvo contre mon B.S.? », l’ouvrage opposait, de façon mordante et fort drôle, la génération du « Refus global » (baby-boomers ex-contestataires embourgeoisés), à celle de l' »Acceptation globale » (qui accepte tout parce qu’elle n’a pas vraiment le choix; on n’emploie pas encore le terme « Génération X », mais c’est bien de eux qu’il s’agit).

Richard Martineau, chroniqueur et blogueur bien connu, qui rédige entre autres une chronique à Infopresse, avait aussi publié en 1991, dans  « La chasse à l’éléphant« , (chez Boréal aussi) une charge bien sentie à l’endroit des baby-boomers.

Côté anglo-montréalais, Albert Nerenberg, journaliste, chroniqueur et réalisateur, avait, au début des annés 90,  écrit et mis en scène la pièce de théâtre Boomers !, hilarante comédie sur les grandeurs et misères de la Génération X.

MAJ  –  médias et technologie

Un autre aspect important que j’oublais, au sujet de la Génération X : une bonne partie de ses membres se sont retrouvés pile sur la frontière des changements médiatiques et technologiques marquants des dernières années. Nous avons VRAIMENT connu l’époque pré-internet, pré-téléphone cellulaire, celle du journal comme principal média d’information, celle où « avoir le câble » représentait le summum de la sophistication en télé. Certains ont même connu – c’est mon cas – l’époque pré-ordinateurs personnels. Quand j’ai débuté en journalisme à l’université, nous travaillions avec des machines à écrire dans les classes. L’année suivante,  les ordinateurs entraient.  (Et, moi qui me plaisais à laisser planer un flou artistique au sujet de mon âge… je réalise que c’est un peu foutu.)

  1. Wow… Je te lis, je lis ma vie, mes jobs, mes espoirs et mes désespoirs. Let’s own this thing!

  2. Billet éclairant et fort bien étoffé Marie-Claude. Et voilà que j’ajoute ce lien vers une entrevue datant de 1986 : http://archives.radio-canada.ca/societe/jeunesse/dossiers/1244/.

  3. Marie-Claude,
    Bravo! Enfin un éclairage précis sur notre génération. Tout le monde ne cessait de me dire que j’étais issu des «Baby Boomers» et moi je refusais systématiquement cette étiquette. Votre explication est claire me permettant de me reconnaître sans détour. Enfin, je sors du placard, je suis un X. J’espère que vous nous éclairerez dans vos prochains billets sur les Y et Z.

  4. Bravo pour ce billet qui résume des états d’âmes et de faits mille fois ressentis. Aujourd’hui je me plais à croire que nous sommes la génération qui fait le pont entre une gang d’immigrants numériques et de natifs numériques qui ne seraient pas survivre dans une société débranchée!

    Nous sommes le chaînon manquant de toute une société et le pire, c’est que plusieurs s’entendent pour dire que cette génération « sacrifiée » ne pendra jamais le pouvoir. Les Baby-boomers collent et les autres seront perçus comme la relève rafraîchissante. Timing is everything…Il faut transformer le trou dans le mur en fenêtre!

  5. Comme dit Geneviève : Wow ! Merci de ce chouette billet. De parler de cette génération d’entre-deux. C’est vrai qu’on le mérite ce houra! Les années passant, on ne s’en est pas trop mal tiré :-)

  6. Bravo, excellent résumé. On a les griffes aussi acérées qu’avant, mais comme tout ce qui vieillit en sagesse, nos propos sont moins disons « agressifs ».. ha! ha!
    Quelques fois je me dis aussi, que comme un retour de pendule si on regardait toutes les générations précédentes, peut-être pourrait-on y retrouver aussi des courants plus communautaires, suivis de courants plus individualistes, qui se répètent sans cesse.. Reste à voir.

  7. Étrange concours de circonstances qui a fait passer notre génération directement d’apprenti à mentor, de commis à stratège. L’instinct de survie a développé notre sens de l’entrepreneuriat; le travail autonome a entretenu notre aversion des règles trop rigides.

    Génération X, nous sommes maintenant au bon endroit et au bon moment pour faire prendre à l’économie et à la politique le virage éthique et durable que les boomers retardent depuis belle lurette. Notre tour est finalement venu, profitons-en.

  8. C’est excellent! Une belle petite tape dans le dos pour nous!

  9. depuis les 60 p.h.d.

    Tres bonne article mais il oublie un eminorite qui a apparue avec les genX. Le system d’education a ete changer afin de facilite l’apprentissage des femme au detriment des hommes. La societe en entier a commencer a favoriser les femmes pour les promotions (parce que ca coute moin cher et ca parrait bien) et la meme chose a la suite avec les minorite visible, handicappe et gay.

    Ce que cela a fait est que les homme du genX l’ont eu encore moin belle que les autre parce que cela les ont rendue une vrais minority non populaire.

    Il serais temp de voir des recherche et de pense au hommes de cette generation qui pour la plupart ont ete pas mal oublier et utiliser pour l’avancement du monde ideal cree par les boomers.

    L’inegalite de chaque citoyen est devenue accepter au detriment des hommes genX. Les sites gouvernementeaux et les embauche biaser. Meme les sites gouvernementeaux dise qu’ils donnent preference au femme, minorite visible, handicappe ou autochtone. L’homme blanc est rendue une minorite creer par ces ideal pour lequels les lois ne les proteges plus.

  10. Bravo pour votre article ! Il y a peu d’écrits sur nous, la génération X. Je suis d’accord avec le commentaire de Sylvie Bédard : nous ne prendrons jamais le pouvoir parce que les baby-boomers collent (il me semble que depuis vingt ans, j’entends qu’ils prendront leur retraite !) et les Y sont déjà perçus comme la relève rafraîchissante ! Peut-être sommes-nous restés trop accrochés à l’idée d’avoir ce que nos parents ont eu alors que les Y ont intégrés tout de suite les nouvelles « règles » du marché du travail, c’est-à-dire la précarité ?!?

  11. à lire ça t’aidera à comprendre bien des choses sur les Zhumains!!!!

  12. Il semble que la génération X n’hésitera pas longtemps à régler la question de l’euthanasie lorsque les baby-boomers seront dans leur 4ème âge. Que de préjugés sont véhiculés. Comme si les baby-boomers avaient eu tout cuit dans le bec. Je pense qu’ils ont trop pourri leurs enfants.. qui maintenant sont prêts à leur mordre la main.

  13. Je me demande si je suis une XY… Je m’explique: je suis née en 78, donc théoriquement un peu trop jeune pour être x, mais assez vieille pour avoir connu « l’époque pré-internet, pré-téléphone cellulaire, celle du journal comme principal média d’information, celle où avoir le câble représentait le summum de la sophistication en télé. » De plus, quand je lis les descriptions des générations x et y, mon coeur balance… je ne suis ni tout à fait x, ni tout à fait y… Peut-être que les jeunes trentenaires sont la transition entre les x et les y?

  14. Gilles Bouchard.

    wow! quelle belle avenir nous attend!
    Je suis prèt.
    Je doit avouer que ca me semble positif.
    La theorie de pont me plaie bien.
    Gilles
    43 ans
    1966 derniere année des Gilles.

  15. Bravo pour votre article ! Il y a peu d’écrits sur nous, la génération X. Je suis d’accord avec le commentaire de Sylvie Bédard : nous ne prendrons jamais le pouvoir parce que les baby-boomers collent (il me semble que depuis vingt ans, j’entends qu’ils prendront leur retraite !) et les Y sont déjà perçus comme la relève rafraîchissante ! Peut-être sommes-nous restés trop accrochés à l’idée d’avoir ce que nos parents ont eu alors que les Y ont intégrés tout de suite les nouvelles « règles » du marché du travail, c’est-à-dire la précarité ?!?
    +1

  16. Tout comme Julie B. Qui n’est pas ni tout à fait x ni tout à fait y ,je ne me sens pas de la génération baby-boomer. Car je n’ai pas connu la facilité de cette génération tout en connaissant les difficultées d’être une femme de cette génération . Je me sens beaucoup plus de la génération x. Et je dirais que ma fille est de la génération y à moins que je ne sois en avance sur mon temps qui a vécu dans un monde qui a souffert de la guerre. Le bébé des baby-boomer où l’ainée des x.

  17. Génération X et Y …, maintenant il semble que l’on raisonne avec la génération C qui inclus sur certains aspects une partie de X et Y, alors ne faut-il pas relativiser tout cela ?

  18. Félicitations

    Très bonne analyse de la génération sacrifiée, dite génération X. Pourvu que les baby boomers ne prennent pas leur retraite à 75 ans.

  19. Très bon billet. Les baby-boomers devraient peut-être se mettre à la lecture. Car je rencontre encore beaucoup de baby-boomers qui ont peur de laisser la place au X (fonction publique du Québec). Mais la génération X signifie aussi la génération cobaye. Nous avons été les cobayes dans de nombreuses réformes scolaires par exemple et de changement. C’est pourquoi que nous avons une capacité d’adaptation supérieure aux générations d’avant et celles d’après.

  20. Génération one-on-one | Nathalie Bertrand - pingback on 2 septembre 2010 at 12 h 08 min
  21. Quel bon texte sur cette génération qui me passionne! Je suis actuellement à préparer un documentaire sur les X et je suis à la recherche de participants de cette génération.

    Qui aimerait y participer?

    • Marie-Claude Ducas

      Bonjour, merci de votre commentaire! Et en ce qui concerne votre documentaires, cela pourra dépendre de pleins de choses (à commencer par le « timing » de vos tournages.), mais cela pourrait m’intéresser d’y participer. SVP, envoyez-moi un message en utilisant l’onglet « Contact » au haut de ce blogue, et en me fournissant votre courriel, pour que nous poursuivions la conversation.

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