L'hommage à Metz

On ne pourrait sans doute imaginer ça pour personne d’autre : le party de départ à la retraite d’un prof d’université, où vous êtes accueilli, à l’entrée, par un jeune homme vêtu, en tout et pour tout, de ses chaussures, d’un chapeau et d’un string. Qui vous sert une shot de vodka pure…

Un extrait du "bien cuit". De gauche à droite: le vrai Metz, la réplique, Jean-René Dufort et Marie-France Bazzo

Un extrait du "bien cuit". De gauche à droite: le vrai Metz, la réplique, Jean-René Dufort et Marie-France Bazzo

Voilà pour l’anecdotique. C’est quand même vrai qu’on pouvait difficilement passer à côté… Et j’y reviendrai, dans la mesure où ce genre d’audace « à la Metz » aide aussi à comprendre son impact professionnel.

Toujours est-il que Frédéric Metz, professeur à l’UQAM, designer de plusieurs logos connus, commentateur fort apprécié des médias en matière de design, et, enfin, professeur et mentor d’une quantité appréciable de designers et de publicitaires d’ici, célébrait sa retraite de l’enseignement. Déjà, en décembre dernier, il avait donné son dernier cours. Et hier soir, il prenait sa retraite définitive de l’université: quelque 500 personnes, parmi lesquelles on pouvait voir aussi bien des illustrateurs et photogaphes connus, des concepteurs et directeurs artistiques d’agences de pub, que des designers de mode dont Marie St-Pierre, s’entassaient Centre de Design de l’UQAM. Et, comme me le soulignait quelqu’un dans la salle, « il y en a facilement 500 autres qui auraient aussi pu être là. »

Un comité d'accueil de circonstance...

Un comité d'accueil de circonstance...

Son « bien cuit », animé par Marie-France Bazzo, a fait défiler sur scène, entre autres, l’illustrateur Lino (Alain Lebrun de son vrai nom), l’adjointe administrative du département de design à l’UQAM (j’ai fait l’erreur de ne pas noter son nom; merci de  me l’indiquer si vous la connaissez), Claude Beausoleil, fondateur du défunt restauraut Citrus, Normand Laprise, qui y a travaillé comme chef avant de fonder le désormais célèbre Toqué ! , de même que L’Infoman de Radio-Canada, Jean-René Dufort…

Et que soulignaient ceux qui ont eu affaire à lui, que ce soit comme étudiant, comme client, comme animateur d’émission ou comme intervieweur ? Sa rigueur, son exigence, de même que son franc-parler qui a toujours exclu toute langue de bois et toute rectitude politique.

... une foule parfois indisciplinée...

... une foule parfois indisciplinée...

On l’aura entendu un nombre incalculable de fois, – avec son inimitable accent suisse – « planter » diverses créations, n’hésitant pas à les qualifer  de « merde », de « nulles à chier », ou autres termes du même acabit. Et ceci, aussi bien dans les médias, à propos divers de concepts dûment diffusés commercialement, que, en classe, (parfois devant TOUTE la classe) au sujet de travaux remis par un(e) jeune étudiant(e) plein(e) d’espoir…

En voilà un arrogant doublé d’un sadique, qui a dû être universellement haï par ses étudiants… vous dites-vous si vous ne le connaissez pas trop. Détrompez-vous : ceux qui l’encensent le font précisément pour ça. Vous pourrez vous en rendre compte en lisant le numéro spécial de Grafika, qui sera en kiosque demain, et qui est exclusivement consacré à Metz. Tant pis si  cela fait auto-plogue, mais c’est une lecture qui vaut la peine : les multiples témoignages, dont ceux de Claude Auchu, Simon Beaudry, Hélène GodinAlain Reno, Philippe Meunier, etc., etc., donnent la mesure du personnage, et du prof .

... et Mado Lamotte pour clore le "bien cuit".

... et Mado Lamotte pour clore le "bien cuit".

Les médias l’apprécient pour les mêmes raisons. « On ne trouve à peu près plus personne qui ose vraiment critiquer au Québec », me confiait, peu avant d’entrer en scène, Jean-René Dufort/Infoman, qui en périodes électorales, fait appel à Metz pour commenter les pancartes.

Maintenant, revenons-en, surtout pour le bénéfice de ceux qui connaissent peut-être moins Metz, sur l’ambiance du party, dont l’accueil par un jeune homme en string (et par quelques autres, tout juste un peu plus vêtus) : Frédéric Metz n’a jamais fait de secret de son homosexualité. Au contraire, il l’a toujours mise de l’avant, s’amusant lui-même avec tous les clichés autour de la question… et, du même coup, désamorçant d’avance toutes les « jokes » plates, les allusions stupides, les soupçons ou les innuendos. Ses étudiants, il les a, depuis des années, baptisé « ses ex », et il avait d’ailleurs organisé, il y a bien des années, une réunion d’anciens sous le thème « Metz cherche ses ex ». Hier soir, c’est la célèbre « drag-queen » Mado Lamotte qui a clotûré son « bien cuit ».

Tout cela pour dire que ce n’est pas juste en matière de design qu’on peut considérer Frédéric Metz comme source d’inspiration. Est-ce parce que, européen d’origine, il a vécu ses premières années hors de notre petite tribu tricotée serré ? Parce qu’il a grandi à une époque où la « political correctness » n’avait pas encore été inventée ? Peu importe : il montre, à plein d’égards, comment et pourquoi il faut « brasser la cage », et passer outre aux tabous et à la frilosité dans lesquels on s’enferme trop facilement ici. On n’est pas toujours obligés d’être d’accord avec ce qu’il dit, mais saluons bien bas le fait qu’il ose le dire…

D’ailleurs, si on peut trouver un peu dommage le fait qu’il ne formera plus de futurs designers sur les bancs de l’université, réjouissons-nous à l’idée qu’il sera présent dans les médias, autant sinon plus. Marie-France Bazzo a en effet officiellement annoncé hier que Metz ferait à nouveau partie de l’équipe de Bazzo.tv , à Télé-Québec l’automne prochain. Et, en entrevue dans Grafika, le principal intéressé souligne qu’il veut être encore plus présent dans les médias grand public pour « mieux faire connaître le design graphique ». Il présidera d’ailleurs le jury « photographie » du prochain concours Lux… alors qu’un de ses « ex », Lino, présidera le jury illustration.

Alors, réjouissons-nous d’autant. Incitons ceux qui, parmi ses « ex », sont devenus à leur tour professeurs ou chargés de cours, à ne pas se gêner pour appliquer sa médecine. Et souhaitons que tous les autres, tant dans leur travail quotidien que dans les débats qui concernent le design et pub, ne craignent ni la rigueur, ni l’audace, voir la provocation.

Merci, en terminant, au Grenier aux nouvelles pour les quelques photos du party d’hier. L’intégrale des photos sera accessible en fin de semaine, sur le site du Grenier.

MAJ

Et puis, pour finir de rendre à César ce qui lui appartient : c’est à l’agence Bleublancrouge (où l’on retrouve, là comme à beaucoup d’endroits, plusieurs « ex » de Metz) que l’on doit l’organisation et les RP de cette fête, qui correspondait si bien au fêté.

MAJ2

Catherine Maisonneuve, assistante à la gestion des programmes, Design de l’environnement et design graphique à l’École de design de l’UQAM, m’informe que le nom de l’adjointe administrative de M. Metz, que je mentionne dans ce billet, est Viviane Parr. Merci !

 

 

 

 

  1. J’ai été privilégié d’avoir fait mon Bac (j’ai terminé en 1989) pendant le règne de Seigneur Metz. Comme étudiant, on avait droit de sa part, aux croissants accompagnés de confiture le matin, et au pot lors des critiques acerbes des productions que nous lui soumettions. Un homme d’esprit, d’une finesse qui ne laisse personne indifférent. On rencontre peu de gens dans une vie qui vous marque autant que ça. J’aurais adoré être parmi vous. Un autre ex de Metz…

  2. Merci Marie-Claude pour cet hommage perso transcrit à la rapidité que seule la journaliste experte que tu es, a pu le faire.
    J’essaie de remettre ma gorge d’aplomb- les virus ont attaqué le rentier affaibli que je suis devenu ces derniers jours…
    xxxMetz

  3. A perfect evening and send-off for Metz. He deserve all the praises in the world. He si a great human being and the most perfect teacher.
    A evening to remember ! I was so glad to be part of it.
    Gerard

  4. Thérèse Nadeau

    Ah! Quelle audace bien à ton image qui témoigne de ta grande générosité : pour ce tu es, ce que tu donnes, ce que nous recevons.

    Thérèse

  5. Très belle soirée. Il a y un album photo en ligne?

  6. On va s’ennuyer de Frédéric Metz | Marie-Claude Ducas - pingback on 11 août 2014 at 11 h 59 min

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